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Tribune donnée à M.
François Dauphin expert international énergie, Hewlett-Packard
Le futur du photovoltaïque se jouera
au niveau de l’accès au réseau
Depuis 10 ans les énergies renouvelables se sont développées sur
la base de subventions visant à compenser leur manque de
compétitivité. Même si certains font valoir que le secteur du
charbon ou du nucléaire font l’objet de subventions déguisées
depuis de nombreuses années, les coûts historiques des énergies
renouvelables ne leur permettaient objectivement pas de se
développer l’unique segment des usages liés à la production
d’électricité autonome. Les gouvernements ont donc décidé, à juste
titre au vu de la baisse drastique des coûts de production des
panneaux solaires, d’aider ces technologies jusqu’à ce qu’elles
atteignent un niveau de compétitivité minimum face aux énergies
fossiles historiques.
C’est maintenant chose faite et le solaire, tout comme l’éolien ou
la géothermie, sont maintenant compétitives dans les zones du
monde les plus propices. C’est ainsi que le gouvernement Espagnol
et l’Etat de Nouvelle Galles du Sud (NSW) en Australie s’apprêtent
à publier des réglementations visant à favoriser
l’autoconsommation des centrales photovoltaïque raccordées au
réseau. Force est de constater, au vu des débats, que les
promoteurs des énergies renouvelables auront encore de nombreuses
barrières à franchir avant d’imposer leur vue pour une production
décentralisée de l’électricité. L’enjeu est d’importance car, en
fonction des choix que feront les autorités de régulation, le
photovoltaique régressera … ou s’imposera rapidement comme
l’énergie du XXIème siècle.
Dans les régions du monde où l’ensoleillement dépasse les 3000
heures par an et où le prix de vente aux particuliers dépasse les
150 €/MWh, il est devenu moins cher de produire localement que de
manière centralisée. Assez logiquement, les particuliers
souhaitent s’équiper de leur propre moyen de production. Dans le
cadre du photovoltaïque on peut même parler de plébiscite. A titre
d’exemple et malgré une campagne de communication très peu
favorable en 2011, 91 % des français considèrent qu’il s’agit
d’une énergie d’avenir et 90 % d’entre eux seraient prêt à en
équiper leur logement. C’est du reste ce qu’ils font effectivement
lorsque cette énergie devient rentable. En Australie, plus de 6 %
des logements ont été équipés en moins de 18 mois. Le problème est
que l’énergie solaire n’est pas toujours là quand le client en a
besoin. A certaines périodes de la journée il va produire plus
qu’il ne consomme et la nuit le phénomène inverse se produira. La
question devient alors de définir les règles du jeu pour permettre
au particulier de bénéficier de la fonction d’équilibrage que lui
procure le réseau de distribution d’électricité … et c’est là que
les ennuis commencent.
Une première option consiste à
considérer que l’énergie qui sera injectée au réseau sera déduite
de l’énergie qui sera ultérieurement consommée. Cela revient à
considérer que le fournisseur rachète l’électricité du particulier
au prix auquel il lui vend habituellement son énergie. Si cette
solution apparait logique elle soulève en fait de nombreuses
questions :
- La TVA que le client payait
à l’origine doit-elle rester due pour la part qu’il continue de
consommer et/ou pour la part qu’il réinjecte sur le réseau en
compensation de sa consommation ?
- Le problématique est du reste la même pour les autres taxes
associées à la consommation d’électricité (FACE, CSPE, taxes
locales de l’électricité, TURPE). Si les ressources alimentant ces
fonds disparaissent comment va-t-on gérer les dépenses
correspondantes ?
- La production excédentaire
que produirait temporairement le particulier peut-elle faire
l’objet d’un avaloir ? Si oui jusqu’à quel montant ?
Si la valorisation de
l’électricité injectée n’est pas basée sur le prix de vente au
client final il convient de la rapprocher d’un prix de marché mais
lequel ? Compte tenu de l’intermittence de la production s’agit-il
du marché spot ou d’ajustement ? Le prix de rachat doit-il vari
dans le temps en fonction de l’évolution effective du prix du
marché et avec quelle périodicité ? Le fait que l’électricité soit
livrée à proximité du client final doit-il être valorisé ou non ?
Dans quelle proportion et pour combien de temps ?
Au-delà des modalités liées
aux taxes assises sur la consommation d’électricité et au prix de
rachat de l’électricité injectée, le photovoltaïque injecté sur le
réseau basse tension pose, à terme, d’autres problèmes de
financement spécifiques. L’intermittence de sa production et les
difficultés de stabilisation de la tension vont engendrer des
besoins importants d’investissement au-delà d’un certain taux de
pénétration. Si des solutions techniques existent, telles que les
batteries ou les STEP à décharge rapide, elles ont aussi un coût.
Le SEI, filiale d’EDF, a ainsi annoncé un budget de 250 M€ pour la
mise en place d’une STEP rapide sur eau de mer de 50 MW en
Guadeloupe. Un jeu de batterie lithium ou sodium-souffre nécessite
un investissement d’environ 1M€/MW. Pour être compétitives ces
solutions doivent pour l’instant être mutualisées, mais qui doit
payer ? En Australie, l’une des principales entreprises de
distribution, Ausgrid, a saisi le régulateur du NSW d’une demande
de révision des tarifs visant à couvrir les coûts additionnels
liés au photovoltaïque. En Western Australia, Horizon Power a fait
plus simple, il a interdit l’installation de nouvelles
installations sur les villes de Exmouth et Carnarvon faute de quoi
les hausses de tension mettaient à risque l’ensemble des
téléviseurs de la zone. Il existe bien la possibilité de découpler
temporairement la production pour faire baisser la tension mais
les onduleurs cherchent tous à se reconnecter le plus vite
possible … engendrant des phénomènes d’à-coups sur la tension. De
nouveau, si les systèmes de recouplage doivent être de périodes
différentes qui aura droit aux périodes les plus courtes … et donc
à la meilleure production ?
En sus des aspects purement
financiers d’autres problématiques techniques émergent. Faut-il
installer 2 ou 3 compteurs ? Les particuliers peuvent-ils prendre
en charge le financement des compteurs plutôt que leur location ?
Dans ce cas qui en conserve la propriété ? Peut-on conserver les
compteurs actuels ? L’injection peut-elle être réalisée à tout
point du réseau privé du particulier où uniquement au point de
livraison ? La qualité des installations doit-elle être validée au
niveau de chacune des installations (ce qui coute horriblement
cher) ou par une qualification des installateurs ? Qui valide la
qualité de l’énergie et des exigences sur l’énergie réactive
doivent-elles être imposées ? Si oui, à partir de quelle puissance
? Les systèmes de télérelève ou de dispatching de la production
peuvent-ils être imposés et à partir de quelle puissance ? Enfin,
et comme dans le cas d’Horizon Power, un distributeur peut-il
interdire purement et simplement l’injection sur le réseau ? Si
non qui prend en charge les coûts de renforcement du dit réseau et
est-il possible pour un client de faire sous-traiter tout ou
partie des travaux à une entreprise autre que le distributeur ?
On voit à la multitude des points soulevés, le futur du
photovoltaïque ne sera rapidement plus basé sur l’amélioration des
performances des panneaux mais sur l’acceptabilité de cette
technologie pour un déploiement de masse. Les autorités de
régulation, ainsi que, dans le cas français, les autorités
concédantes, auront très rapidement un rôle incontournable et
éminemment stratégique pour l’avenir du secteur. Ils ont
manifestement été pris de court par l’effondrement du prix des
panneaux, espérons qu’ils sauront, cette fois, prendre les devants
et entamer les négociations avec les parties prenantes avant que
les réels soucis ne se présentent. |